8 ans de Nouvelle Europe, 8 ans de nouvelles technologies, 8 ans de nouveau mode d’organisation, 8 ans d’une aventure incroyable qui se renouvelle chaque jour
Ce texte a été écrit en plusieurs fois. Il est dédié à tous les Pentaloguiens qui comme moi ont vécu les 8 dernières années avec passion. J’ai eu envie de l’écrire pour eux, comme ça, sans raison aucune ; juste pour essayer de dire ce que je crois que nous sommes.
Ils l’ont reçu où vont le recevoir, par mail, selon leur accessibilité.
J’ai décidé de le publier sur le blog en trois fois sur trois jours… il est un peu long.
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Le 24 décembre 99, Aymeric, Eric et moi arrivions à Brasov, en Roumanie, pour y démarrer
la première unité de Pentalog. Je me souviens qu’il faisait très froid dans les Carpates et que
le dîner chez les Gladca nous avait réchauffé le coeur. Non, Aymeric, rassure-toi, je ne
raconterai pas tout. Eric, lui, n’avait jamais mis un pied en Roumanie… et tu y es toujours
mon p’tit frère !
Deux jours plus tard seulement, le 26 décembre 99, en France, notre siège est dévasté. Les
rats, pris de panique, quittent le navire. Les meilleurs sont toujours là, 8 ans après. Au sens
le plus strict, j’ai pu voir qu’un équipage fidèle s’accroche pendant la tempête. Cette épreuve
a été fondatrice. Aymeric, Eric et moi créions désormais quelque chose de bien fragile en
Roumanie dans un tel contexte, pendant qu’une équipe hors norme faisait l’impossible pour
tenir le cap en France.
Cinq mois plus tôt, Virginie et moi avions fait le voyage, pour fonder l’entreprise, après que
j’avais réalisé deux séjours de découverte, cette même année. Tu y as même pris un sacré
coup de soleil dans le dos, sur un voilier en Mer Noire, je ne sais pas si tu t’en souviens !
Quant à toi Raluca, si un jour tu lis ces lignes… elles te sont aussi dédiées.
J’ai re-navigué une fois, en 2004, avec l’incroyable zozo qui nous avait pris à son bord le
jour de la fête de la marine. Il n’a pas changé et ne parle toujours que tatar. Mes progrès en
roumain ne m’ont servi à rien ce jour là.
Ce sont deux conversations, à quelques mois d’intervalle, avec Aymeric et Virginie, qui m’ont
amené à écrire ce billet, un peu plus long et un peu plus sentimental que les autres.
8 ans de nouvelle Europe
En février 99, alors que j’y fais ma première visite d’évaluation, la Roumanie vit sa deuxième
minériade. Deux mois plus tard, lors de ma deuxième visite, je vois les B52, gorgés de
bombes, laisser pour quelques minutes leur signature caractéristique dans le ciel bleu de
Brasov. Ils viennent d’obtenir le droit d’utiliser l’espace aérien roumain pour aller
bombarder le Kosovo et Belgrade, à quelques centaines de kilomètres seulement.
Dans l’esprit des Roumains de cette époque, l’Europe est un rêve inaccessible, dont la
plupart ne se sentent pas même dignes. Personnellement, je n’ai pas de doute, je n’en ai
jamais eu, je sais dès le premier jour qu’ils y arriveront, malgré le poids du passé, malgré la
clique d’ex-communistes corrompus, aux mains toujours pleines du sang des étudiants de
89, nés autour de 1970, comme moi, sacrifiés par Iliescu ; pleines aussi du sang des
victimes de la minériade de 1991… fomentée et dirigée par le même maniaque.
Nous avons donc misé sur cet avenir européen, que nombre d’entreprises établies avant
nous faisaient tout pour retarder, craignant pour leurs marges. Cela paraît tellement évident
aujourd’hui, à l’heure du boom et des 7% de croissance.
Ce long chemin vers l’Europe, nous l’avons tous vécu, expérimenté. Je pense à toutes les
guérillas administratives qu’Eric, Virginie, puis Ralou (pas la même, je parle de la Ralou,
avec un O, d’aujourd’hui), ont dû livrer, avec les Roumains, avec les Français en premier
lieu, les Suisses, les Allemands… Et il nous en reste tellement à livrer. Malgré tous nos
efforts, malgré l’incroyable soin que nous avons apporté à l’amélioration constante de la
francophonie, en appointant des professeurs dans toutes les agences, malgré les
discussions dans les ambassades et les inspections du travail, les Roumains, Européens
reconnus, ne sont toujours pas libres de leurs mouvements professionnels. Les choses ont
l’air de bouger en ce moment, espérons !
Pêle-mêle, Virginie et Ralou continuent chaque jour à négocier en respectant les cadres, à
expliquer à des fonctionnaires sous-préparés à l’Europe, les lois de leur propre pays. Elles
gèrent aussi des risques de change, des choix de monnaie minimisant l’inflation, en fonction
d’impératifs commerciaux et d’opportunités stratégiques. Croyez-moi si vous voulez, mais je
n’avais jamais pensé à tout ça avant de mettre un pied en Roumanie.
En 2003, Eric et moi nous rendions à Chisinau, en République de Moldavie, pour la
première fois. Nous y trouvions un pays beaucoup plus pauvre que la Roumanie de 99,
divisé par une guerre de sécession depuis 1991, écrasé par le joug de Moscou. Nous
commencions alors une formidable aventure, qui allait nous demander encore plus de
finesse que la première. Nous rentrions dans un pays ne disposant d’aucune pratique
commerciale normalisée, dont les administrations fonctionnent toujours avec des employés
payés moins de 50€ par mois pour les moins bien lotis – un pays divisé par un conflit
ethnique programmé par Staline. Serghei nous a rejoints un mois plus tard seulement,
comme stagiaire. Pendant deux ans, nous avons mis ses 20 ans à rude épreuve, en
Roumanie puis en France. En le faisant travailler 15 heures par jour pour le former plus
vite. En 2005, Eric et lui avaient déjà préparé un commando de 6 jeunes Moldaves à Brasov,
prêts à être parachutés sur Chisinau le moment venu… un jour d’avril 2005.
Deux années plus tard, du haut de tes 25 ans Serge, du haut des 32 d’Eric et de mes 37,
nous pouvons voir ce que nous avons fait dans ton pays. Pentalog est l’un des tout premiers
investissements directs français après Orange et Société Générale, et s’affirme comme la
deuxième société informatique d’un pays gangrené par la mafia russe. Il nous reste encore
beaucoup de chemin à accomplir. Mais quand je vois les yeux d’Aleth pétiller de plaisir au
moment de partir en mission là-bas… je ne suis pas inquiet.
Tous les autres Pentaloguiens ont contribué à Pentalog Moldavie. Ralou bien sûr, les
Français, les Roumains détachés – je pense surtout à Cornel. Dans ce pays-là, nous avons
anticipé sur l’agenda continental et sur les rythmes du monde. Si un jour les fées de
Bruxelles se penchent sérieusement sur le berceau de la Moldavie, et veulent bien
considérer son incontestable destin européen, eh bien des sociétés comme la nôtre n’y
auront pas été pour rien. Les forces des sentiments et de la volonté sont bien les plus
puissants leviers qui peuvent animer une entreprise.